27/03/2018

Ramadan, les jeunes et le transfert de personnalité

Depuis les années 90 et la guerre des Balkans, les musulmans d'Europe continentale ont trouvé une terre d’asile dans nos contrées, ramenant sur le devant de la scène une personnalité de confession identique et née en terre genevoise en 1962.

Charismatique, cadet d’une fratrie de penseurs religieux, cet homme a grandi avec des genevoises et des genevois peu versé dans l'Islam. Il avait découvert depuis sa naissance les mœurs d'une société qui favorisait peu à peu la mixité entre hommes et femmes, une laïcité héritée d’une culture chrétienne qui s'éloignait des dogmes du Vatican, lui-même en pleine réforme.

Il pouvait comparer son quotidien à une société égyptienne qui s'enlisait dans une politique influencée par L’OTAN qui, comme la majeure partie des pays du Proche-Orient, cherchait son indépendance par tous les moyens. Comme tous les adolescents, il a sans aucun doute imaginé des ponts afin de rapprocher son autre pays nu de droits démocratiques populaires à ce monde versé dans le plein emploi, rêvant peut-être d'un Islam progressiste qui se réformerait par voie populaire. En grandissant, le constat d'incompatibilité n'a visiblement pas faibli cette volonté d'être celui qui rapprocherait les mentalités. 

Pendant les années quatre-vingt, la bonne société genevoise toisait le quotidien d’une culture minoritaire qui embrassait déjà sa spiritualité religieuse dans son entier et refusait de la diluer dans le concept du bien-vivre ensemble. M. Ramadan T. découvrait nos mœurs professionnelles dans nos écoles et autres associations. Devancé par son aîné, il fallait bien qu'il s'affirme pour se faire un prénom. A l'origine, son double langage n'était sans doute pas destiné à mener un combat mais rappeler aux gouvernements successifs les besoins de cette communauté ayant enfin un lieu de culte.

Puis les années nonante souvenez-vous, le village global, les bulles spéculatives, les News Techs, les Bio Techs, les start up et la promesse d’un argent facile et légal mais surtout ce conflit ethnique qui a déchiré une région riche de rites cultuels différents. Prenant un rôle de leader, les deux frères ont créé un climat délétère dans l'intégration de cette nouvelle minorité grandissante, dépeignant une société vernaculaire décadente contre laquelle il fallait résister. Cette population chassée depuis un pays où les relations sont régies par un fort rigorisme identitaire s'est particulièrement heurtée face à notre société qui sépare clairement l’influence religieuse des affaires publiques et promeut la famille comme cellule de responsabilité sociale.

C'est dans ce contexte sulfureux que la partie visible des frères Ramadan s'est vue reprocher de tenir un discours incompatible avec le devoirs de réserves que sont tenus d'observer les employés de l'Etat, revendiquant pour les nouveaux arrivant le droit d'accéder à une instruction publique et adaptée. Ils soutenaient depuis l’intérieur de l'Etat et leur milieu religieux des menus adaptés dans les restaurants scolaires pour les jeunes musulmans et des dérogations systématiques pour les cours mixtes de gym et de piscine. A ce titre, leurs propos se sont toujours teintés d’un prosélytisme forgeant l’idée d’une assimilation rendant les lois coraniques prévalentes sur les lois constitutionnelles.

Dans cette société à géométrie variable, ces penseurs cherchaient-ils la continuité de leurs origines en flirtant chacun à leur façon avec les limites de leur culture familiale contre un monde occidental indivisible où l’on accorde une liberté vestimentaire aux étudiants tout en imposant une laïcité visible dans le monde professionnel? Pensant à juste titre qu’un bouc-émissaire ne résoudrait pas tout, les victimes ignorées de Monsieur Ramadan T. furent renvoyées dos à dos avec leur bourreau, lui-même maculé d'une sanction pour manque de réserve, traçant alors la spirale de la folie des grandeurs d'un homme en crise d'identité.

Dans son parcours teinté de zones d'ombres, M. Ramadan T. a clairement négligé la différence entre la contrainte et le consentement, la renommée et le prosélytisme mais surtout, comme beaucoup d’hommes publics avant lui, il a surfé avec la légalité d'un monde qu'il a lui-même décidé de combattre afin de recevoir sa dose quotidienne d’adrénaline.

 

Une vie est jalonné par nos erreurs nos doutes et nos propres démons. Comme toute les personnes de foi, confondre volonté personnelle et celle ordonnée par son créateur est chose fréquente et, les Frères Ramadan ne font pas exceptions. Aujourd’hui, la mise en examen de Tariq dépasse largement les frontières genevoises et l’opprobre qui l'accable rejailli sur les genevoises et les genevois sans distinction de religion ou d'absence de religion. Ce qu’attendent les citoyennes et les citoyens de ce canton n’est pas une chasse aux sorcières, ce qui est exigé est un vrai travail de conscience pour rendre un peu de dignité aux victimes d’abus qu'ils soient sexuels ou d’autorité, afin de leur permettre de faire le deuil d’une partie nécrosée de leur vie mais surtout, un changement de paradigme qui ne tolérera plus les écarts d'un corps enseignant garant de la construction personnelle et professionnelle des futures générations.

La mise au ban de la numéro 2 du DIP sert de disperserions des prédateurs qui sévissent encore dans nos écoles, sans le consentement de l'État mais avec des deniers publics.

 

 Antonio Gambuzza

18:54 Publié dans Air du temps | Tags : romand policier, nouvelle et autres fiction | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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