08/06/2018

Le Matin, le Soir et la St Glinglin

Le Matin sera euthanasié le 22 juillet 2018. Si l’heure de la mort n’est pas communiquée, l’agonie a démarré ce mercredi 06 juin avec les soins palliatifs et sociaux, accompagnés d’une litanie de commentaires réprobateurs et xénophobes.

Oui, selon le principe de l’offre et de la demande, la presse écrite traditionnelle ne séduisait plus, du moins, sous sa forme physique et monolithique. Mais pourquoi Le Matin?

Que l’on habite le Val d’Annivier ou le Val de Travers, ce journal avaient un cahier des Sport qui éveillait chez le lecteur de la curiosité et la plume vitaminée les rassemblait autours de leurs clubs, tout en leur permettant de découvrir les projets sportifs des clubs concurrents. Il résumait les autres championnats, donnait aux lecteurs une culture sportive d’une grandes diversités. Un seul autre journal francophone a également cette approche rédactionnelle, mais il a l’avantage d’être gratuit.

Les pages peoples du journal Orange avaient également cette saveur glocale et promouvait les ragots avec cette noblesse commune à celles et ceux qui les colportent, tout comme son concurrent bleu. Si ce qui faisait son ADN était transposable sans complications tarifaires, quels arguments restait-t-il alors à ce magnifique reliquat de la Tribune de Lausanne face au libre-service du 20 Minutes et la pluralité commune de 24h/TdG ?

Dans cette affaire de diversité, il convient de se demander comment le lecteur a précipité une presse dont l’offre s’est écartelée entre les dépêches gratuites, classées par catégorie puis diffusées sur un support plus fort que les cross-books et les articles rédigés avec comme source de développement ces même dépêches, corroborées par du personnel sur le terrain.

Et puis, comment le citoyen-vendeur de petites annonces s’est tourné vers un support couvrant une plus large palette de clients potentiels sans se soucier des conséquences pour les emplois locaux.

Enfin, le management a extrait les précieux sucs des derniers journalistes portant fièrement les couleurs de LEUR journal, tels des amérindiens décimés par une épidémie de rougeole. Tout ça pour quoi!?

 

Le numérique… Cette plate-forme qui n’a pas remplacé le papier et qui n’a pas induit la reforestation des forêts de bois précieux d’Afrique ou simplement augmenté l’oxygène des forêts de Bornéo. Ce vecteur d’information qui a permis de repenser la manière de communiquer.

Est-ce que Tamedia est le seul fossoyeur du journal Orange!? Cette société commerciale peut-elle être considérée comme l’unique exécutrices des journaux payants!? Sa politique se refonde sur des recettes de dépenses sans gaspillage de ses ressources financières.  Pour couvrir les pages nationales de tous ses titres, pas besoin d’un envoyé spécial par quotidien, bien souvent les dépêches de l’ATS suffisent.

Peut-on alors blâmer la direction Zurichoise de s’adapter aux marchés sans l’accuser de se comporter comme un investisseur dans un pays du quart-monde ? La réponse est oui mais pas que !

Tout d’abord, le souvenir de la désindustrialisation de la Romandie est encore dans toutes les mémoires. La concurrence déloyale que connaissent les jeunes romands en service pour la patrie renforce davantage les préjugés qu’elle ne bâtit des ponts et malgré cela, l’arc lémanique connaît une progression de son PIB plus forte et plus constante que son compère alémanique.

Ensuite, notre chasse au confort et aux bonnes affaires nous a conduits à préférer les achats sur internet. Ses différentiels de prix réels ou théoriques ont précipité la consommation ce que l’on nomme désormais l’Ubérisation de l’économie. Au milieu de ce marasme, le journalisme s’est mué dans sa chrysalide et, loin des regard, il a permis aux contenus de ne plus être une réalité augmentée d’un support papier mais d’exister comme une réalité virtuelle.

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C'est donc le dernier maillon d’une chaîne de plus en plus courte qui oriente les changements pendant que ses décideurs dictent la cadence du changement.

Sans être journaliste ou maître des arts divinatoires, il est à parier que dans 10 ans, ceux-là mêmes qui crucifient les agissements de Tamedia seront là pour saluer le virage visionnaire opéré en 2018 qui aura permis de positionner le premier Webjournal romand comme étant un incontournable de l’offre médiatique, faisant de son supplément gratuit le support physique d’annonces publicitaires, de pages poeples et de sport. Les pages régionales seront adaptées selon la localisation géographique, comme depuis maintenant l’avènement du premier journal gratuit fondé à Genève le 6 novembre 1970.

 

Antonio Gambuzza 

 

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