Antonio Gambuzza - Page 2

  • La rente ou la vie?

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    Que faire de Pierre Maudet; voilà le genre de question sur lesquelles les philosophes de comptoir aiment disserter. Sans son consentement pas grand-chose. Qu'il démissionne ou non, il donnera crédit à celles et ceux qui voient en lui un pantin articulé par son ego ou un obscur groupement d'intérêt.

    PM, on aime ou on n’aime pas. Au contraire de celles et ceux qui le taclent ou qui se taisent, prendre sa défense c'est jouer les équilibristes et les socio-traître de la bien pensance.

    Pour les élections de 2023, Pierre Maudet déclare ne pas « pouloir » se représenter à sa succession sous l’étiquette PLR, il déclare être favorable à une réforme du système de retraite des Conseillers d'Etat dans les meilleurs délais malgré un manque d'exemplarité relevé par ses détracteurs qui n'aimeraient ne rien changer. 

    Dans le sillage de ses dossiers publics, les enquêtes pour fraude électorale n'ont rien donnés. Conscient de la portée de ses erreurs, en acte de contrition il s'est infligé sa propre sanction en démissionnant de la présidence du Conseil d’Etat, puis, aidé par ses collègues et par le personnel du dicastère de la Police et Justice.

    Quand on l'écoute, il semble conserver une marge de manœuvre et affirme que si tous les échelons  de son parti lui ont demandé de renoncer à son mandat, ce message est invalidé par 450 adhérents sur 800 tous réunis dans une salle chauffée à blanc. Pour mémoire, n'importe quel citoyen suisse vivant à Genève aurait pu adhérer le soir là au PLR genevois pour assister à cette AG extraordinaire et voter. 

    A l’inverse des quatre derniers magistrats héritant du dicastère de Police et Justice, il aura tenu plus d’une législature. Pensant sans doute se dégager de ce chausse-trappe politique, il a tenté une hybridation qui aurait pu souligner le génie que la liesse populaire lu prêtait, s’il avait seulement franchi la ligne d’arrivée.

    Toujours au chapitre de la justice, si elle l’a désavoué en réintégrant le chef d'engagement Cudré-Mauroux, il mène en parallèle un combat personnel pour faire le deuil de sa carrière politique. D’un coup d’un seul, le peuple découvre que sous le cuir de l'hyper politicien bat le cœur d'un homme animé par ses propres convictions. Acculé, il avoue sa compromission ; pas sur tout, pas complètement, peut-être même par souci de cohésion avec son équipe.

    De son majestueux envol à sa désastreuse chute, celui que l'on voyait au Conseil fédéral a somme toute fait du chemin. Ses ambitions politiques portées par toute une section cantonale sont désormais reléguées à une prochaine incarnation, pendant que son destin se profile dans l'économie privée ou associative.

    Voilà pour l'historique et les éléments d’avenir. Alors quid du présent ?

    L’onction populaire a oint Pierre Maudet à Genève jusqu'en 2023. Malgré le cœur même de ses affaires, il nous représentera auprès des investissements privés qui alimentent le quotidien des genevoises et des genevois. Certains diront qu’il n’a justement plus la légitimité pour nous représenter auprès d’une économie que nous avons jusqu’à présent quasiment pu sélectionner.

    En analysant la surface du tissus économique, ne pas avoir un Ministre dédié à l'Economie nous a permis de perdre l'industrie et son économie circulaire rendant celle qui demeure dépendante de la sous-traitance internationale. Plus récemment, le Magistrat Hiler avait échoué dans la venue des Hedges Funds de la City. Les raisons invoquées étaient une trop grande incertitude dans les relations Suisse-UE notamment.

    On entend ici et là PM dans les médias. Ils l’interrogent sur la moralité de sa rente à vie pour laquelle il a cotisé. Si on fait le parallèle avec l’économie privée, lui demander d’y renoncer revient à soutenir le licenciement des quinquagénaires tout en augmentant l’âge de la retraite. Ne reste plus qu'à la justice d'orchestrer son procès dans des délais situés entre la moralité et une élection complémentaire.

    N'étant pas encore pénalement condamné et en attendant l'épilogue de ce que la Presse nomme l'affaire Maudet, il multiplie les contacts afin de garantir la pérennité de nos emplois et le développement économique de la région, pondéré par son premier résultat probant avec MSC. Je gage qu'il garde en cale-sèche les investissements durables tout en cherchant d'autres partenaires que les traditionnels pays du bassin méditerranéen ou arabique. Contrairement à ce que dit la Bible, peut-être faut-il chercher la solution plus au nord et cesser de trouver des problèmes plus au sud.

    En résumé, PM gère sa réputation en se sanctionnant lui-même, lave son honneur en redimensionnant son activité en fonction du prisme des réseaux sociaux et des affaires politiques, s'est mis à la disposition de chacun pour renouer avec la base et tente de diminuer le gap entre deux fiscalités qui feront tanguer les prochains budgets cantonaux. A lui seul il garantit l’idée d’une stabilité politique et d’une intelligentsia helvétique.

    Certains diraient quel gâchis et d'autres qu'il dégage. 

    Dans mon coin je me dis qu’il n’a rien volé, qu’il nous a fait prendre conscience de nos valeurs et son action aura influencé certains gestionnaires de nos institutions au point d’en révéler les faiblesses.

    Sous mon drap je chuchote « chapeau bas Monsieur le Conseiller d'Etat et surtout, Merci ».

     

    Antonio Gambuzza

     

     

     

  • Les principes immuables de la finance VS  l’autoritarisme de la droite genevoise.

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    A ma gauche la loi CPEG (12 228) et à ma droite la loi Fontanet (12 404) réunies sur le ring du suffrage universel dans combat sans disqualification pour le titre de champion genevois de médiocrité.

    Les deux lois souffrent de défauts mais si la loi 12 228 reprend les bases existantes de la primauté de prestation et n’a pas touché aux répartitions des cotisations, c’est que ses auteurs ont parfaitement compris que ce sujet reviendra pendant l'élaboration du règlement d’application ad hoc.

    Une partie de nos députés pensent que ce projet ne tient pas la route car les réformes structurelles qu'ils souhaitent ne sont pas développées selon leur unique modèle économique. Ils ne nient pas que les représentants du personnel sont des collaborateurs instruits, porteur d'une formation reconnue et qu'ils ont embrassé des professions régaliennes du pouvoir administratif. Ils admettent également que le discours de la fonction publique n'est en aucn cas arrogant envers le corps électoral genevois.

    Je ne peux m’empêcher de penser que la droite, dans sa volonté de réforme n’a pas cette qualité de respect. Imposer la primauté de cotisation avec une couverture partielle de la CPEG n’est pas une réforme mais manœuvre  basée sur un effet de levier inexistant.  Si le Député Aellen me prêtait 1'000.- francs, il n'apprécierait pas que je lui rende 800.- en affirmant l'avoir intégralement remboursé.

    Si à Berne les élus fédéraux ont un plan d’assainissement séculier, il semble que certains élus cantonaux cultivent leurs relations avec le personnel de l'administration en mettant la charrue avant les bœufs. Oui, il faut une réforme structurelle mais elle doit intervenir au bon moment.

    Si la primauté de cotisation calcule une rente avec un taux de conversion sur un capital cumulé à 100% avec les intérêts, la primauté de prestation compense la différence entre ce qui est versé (100% des cotisation)  et ce qui est capitalisé (80% des cotisations) par un calcul identique mais en compensant la couverture partielle de la caisse de pension. Pour mémoire, la couverture partielle est une stratégie cantonale et non un fait imputable à la fonction publique.

    Alors nos élus de droite sont-ils malhonnêtes ou simplement enfermés dans une tour d’ivoire où règne des principes éloignés de leurs responsabilités ? La réponse leur appartient et je parie que tous ne seraient pas heureux de voir leurs clients omettre un paiement sur leurs honoraires ou leurs fiduciaires passer à côté d'une déduction.

    Le personnel de l’Etat de Genève ne fait que préserver ses droits (non ses acquis) et garder haute sa garde avant le round d’application de leur loi 12 228 pendant que la droite du Grand conseil fait valoir ses principes, mal venus le cas présent et dénonce une structure étatique dimensionnée pour 1 million d’habitants mais financée par 300'000 contribuables, frontaliers compris.

    Si Genève vit sur un grand pied mal chaussé, ce n’est ni la faute de ses habitants et encore moins celle de sa fonction publique. 

     

    Antonio Gambuzza

  • Les fondations de prévoyances publiques, les économies de bout de chandelle et l’escroquerie du Conseil d'Etat

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    On entend ici et là que la fonction publique travaille tellement mal que sa caisse de pension doit être recapitalisée et que cette bande de parasites ne mérite pas la moitié du salaire perçu. C’est vrai qu’une employée chargée de replacer des personnes sans emploi peut se permettre d’écrire aux entreprises avec un bagage limité de grammaire et aucune connaissances en droit du travail.

    Le plus souvent, l’Etat-employeur recherche des personnes bien formées ou au bénéficie d’un parcours individuel riche d’enseignements comme d’anciens indépendants complété par un solide bagage académique.

    Dans les débats publiques, les plus libéraux comparent la fonction publique au secteur privé. De mémoire, la première fournit des prestations à la population pendant que l’autre crée de la richesse non seulement pour le canton mais également pour le pays. L’un coûte pendant que l’autre rapporte et n'ont aucun point de comparaison.

    En passant, on entend des arguments sans fondement comme par exemple: Genève possède la fonction publique la mieux payée au monde cache mal la somme de tâches assumées, la confidentialité des affaires traitées auquel il faut ajouter des conditions de travail pesantes et politisées, le tout encadré par la cherté du canton.

    Et leur caisse de prévoyance dans tout ça ? Celle de l’Etat prend en compte nombres d’éléments salariaux pendant toute la carrière de ses employés comme le revenu ou le taux d’activité. Par exemple, une personne employés toute sa carrière à 100% qui gagne CHF 8'000.- par mois aura un salaire assuré (salaire brut sans la totalité des charges sociales) d’environ CHF 5'000. C'est le salaire déterminant sur lequel la fondation de prévoyance projette une rente équivalent à 60% de ce salaire assuré, ce qui projette une rente d’environ CHF3’000.- mensuelle, pour autant que cette personne ait cotisé pendant 40 ans. Pour la plus part des employés ces trois conditions ne sont jamais réalisées et donc la rente maximale n’est jamais perçue.

    On le voit, décortiquer les conditions de retraite des fonctionnaires permet de démystifier un peu cette chambre noire. Mais alors pourquoi offrir une rente assurée (prestation) alors que dans le privé on privilégie primauté de cotisation ? La réponse est dans le fameux taux de couverture des fondations de prévoyance.

    Une caisse privée ne bénéficie d’aucune garantie de l’Etat. Elle doit capitaliser ses cotisations à 100% et performer sur les placements financiers afin respecter la loi fédérale qui régit les fonds de pensions pour garantir la rente perçue, même en cas de vie prolongée de ses assurés ou en période de vaches maigres. Une fondation qui aurait un taux de couverture de 130% peut se permettre d’en faire d’avantage pour ses bénéficiaires comme indexer les rentes pendant la retraite de l'ancien collaborateur. Le fonctionnement est clair, les objectifs mesurables et les rendements atteignables.

    Une fondation de prévoyance publique a pour le moment un taux de couverture de 60% ce qui veut dire que pour chaque francs inscrit sur le relevé annuel, le collaborateur et l’Etat employeur ne capitalisent que 0.60cts, le solde finance le paiement des rentes. L’argument massue était que la perception de l’impôt ne doit pas enrichir les fondations de prévoyances et appauvrir le contribuable. C’est discutable même si cela s’inscrit dans la pratique courante Suisse de l’impôt, puisqu’il sert au financement de l’Etat et la garantie des investissements.

    Sauf que, une fondation de prévoyance privée n’a pas le droit de fonctionner sur le modèle d’une couverture partielle. Les cotisations sont personnelles et ne peuvent en aucun cas servir à d’autres personnes, excepté la recapitalisation de la caisse pour éviter la faillite. En 2017, les fonds de prévoyances privés pouvaient compter sur un taux de couverture moyen d'environ 117%.

    Changer de système serait l’occasion de faire table rase de mauvaises pratiques. Le projet du Conseil d’Etat les prolonge au détriment de ses employés. Celui-ci évoque trompeusement une recapitalisation, changeant d’un système à un autre en gardant les tares du premier sans les moyens financiers du second. Un bonneteau sur l’épargne des générations actuelles et futures.

    Quoiqu’il advienne, une recapitalisation avec un taux de couverture de 110% interviendra avant la fin de ce siècle. Pourquoi y songer maintenant et ne pas procéder par étape comme semble le proposer le Conseil d’Etat?

    Premièrement on ne peut pas concilier une rente en primauté de cotisation sur une capitalisation partielle. Si une rente est calculée sur un avoir, celui-ci doit être disponible sans appauvrir la fondation de prévoyance ce qui n’est clairement pas réalisé par le Conseil d'Etat.

    Deuxièmement, si la proposition de recapitalisation des syndicats maintient une couverture partielle, cela permet à terme d’atteindre un taux de couverture égale à la moyenne suisse évoquée plus haut et le passage à un système de primauté de cotisations. Elle préserve les deniers publiques puisque la réalisation immobilière et foncière du projet Praille-Acacias-Vernets renflouera la CPEG en proposant des logements accessibles en loyers modérés, libres ou en accession à la propriété.

    Ce projet permet un montage financier qui décaisse moins les deniers du contribuable. Prétendre que la non-vente des terrains ferait perdre de l’argent à l’Etat est encore une tromperie car les ventes ne compenseraient pas les sommes investies sur trente ans et celles qui viendraient après 2052.

    Les directives politiques et financières bernoises devraient nous rendre prévoyant mais nos élus ont la fâcheuse tendance à penser comme des gestionnaires ou des lobbyistes mais plus rarement comme des êtres qui font parties des coûts de notre société organisée.