• La rente ou la vie?

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    Que faire de Pierre Maudet; voilà le genre de question sur lesquelles les philosophes de comptoir aiment disserter. Sans son consentement pas grand-chose. Qu'il démissionne ou non, il donnera crédit à celles et ceux qui voient en lui un pantin articulé par son ego ou un obscur groupement d'intérêt.

    PM, on aime ou on n’aime pas. Au contraire de celles et ceux qui le taclent ou qui se taisent, prendre sa défense c'est jouer les équilibristes et les socio-traître de la bien pensance.

    Pour les élections de 2023, Pierre Maudet déclare ne pas « pouloir » se représenter à sa succession sous l’étiquette PLR, il déclare être favorable à une réforme du système de retraite des Conseillers d'Etat dans les meilleurs délais malgré un manque d'exemplarité relevé par ses détracteurs qui n'aimeraient ne rien changer. 

    Dans le sillage de ses dossiers publics, les enquêtes pour fraude électorale n'ont rien donnés. Conscient de la portée de ses erreurs, en acte de contrition il s'est infligé sa propre sanction en démissionnant de la présidence du Conseil d’Etat, puis, aidé par ses collègues et par le personnel du dicastère de la Police et Justice.

    Quand on l'écoute, il semble conserver une marge de manœuvre et affirme que si tous les échelons  de son parti lui ont demandé de renoncer à son mandat, ce message est invalidé par 450 adhérents sur 800 tous réunis dans une salle chauffée à blanc. Pour mémoire, n'importe quel citoyen suisse vivant à Genève aurait pu adhérer le soir là au PLR genevois pour assister à cette AG extraordinaire et voter. 

    A l’inverse des quatre derniers magistrats héritant du dicastère de Police et Justice, il aura tenu plus d’une législature. Pensant sans doute se dégager de ce chausse-trappe politique, il a tenté une hybridation qui aurait pu souligner le génie que la liesse populaire lu prêtait, s’il avait seulement franchi la ligne d’arrivée.

    Toujours au chapitre de la justice, si elle l’a désavoué en réintégrant le chef d'engagement Cudré-Mauroux, il mène en parallèle un combat personnel pour faire le deuil de sa carrière politique. D’un coup d’un seul, le peuple découvre que sous le cuir de l'hyper politicien bat le cœur d'un homme animé par ses propres convictions. Acculé, il avoue sa compromission ; pas sur tout, pas complètement, peut-être même par souci de cohésion avec son équipe.

    De son majestueux envol à sa désastreuse chute, celui que l'on voyait au Conseil fédéral a somme toute fait du chemin. Ses ambitions politiques portées par toute une section cantonale sont désormais reléguées à une prochaine incarnation, pendant que son destin se profile dans l'économie privée ou associative.

    Voilà pour l'historique et les éléments d’avenir. Alors quid du présent ?

    L’onction populaire a oint Pierre Maudet à Genève jusqu'en 2023. Malgré le cœur même de ses affaires, il nous représentera auprès des investissements privés qui alimentent le quotidien des genevoises et des genevois. Certains diront qu’il n’a justement plus la légitimité pour nous représenter auprès d’une économie que nous avons jusqu’à présent quasiment pu sélectionner.

    En analysant la surface du tissus économique, ne pas avoir un Ministre dédié à l'Economie nous a permis de perdre l'industrie et son économie circulaire rendant celle qui demeure dépendante de la sous-traitance internationale. Plus récemment, le Magistrat Hiler avait échoué dans la venue des Hedges Funds de la City. Les raisons invoquées étaient une trop grande incertitude dans les relations Suisse-UE notamment.

    On entend ici et là PM dans les médias. Ils l’interrogent sur la moralité de sa rente à vie pour laquelle il a cotisé. Si on fait le parallèle avec l’économie privée, lui demander d’y renoncer revient à soutenir le licenciement des quinquagénaires tout en augmentant l’âge de la retraite. Ne reste plus qu'à la justice d'orchestrer son procès dans des délais situés entre la moralité et une élection complémentaire.

    N'étant pas encore pénalement condamné et en attendant l'épilogue de ce que la Presse nomme l'affaire Maudet, il multiplie les contacts afin de garantir la pérennité de nos emplois et le développement économique de la région, pondéré par son premier résultat probant avec MSC. Je gage qu'il garde en cale-sèche les investissements durables tout en cherchant d'autres partenaires que les traditionnels pays du bassin méditerranéen ou arabique. Contrairement à ce que dit la Bible, peut-être faut-il chercher la solution plus au nord et cesser de trouver des problèmes plus au sud.

    En résumé, PM gère sa réputation en se sanctionnant lui-même, lave son honneur en redimensionnant son activité en fonction du prisme des réseaux sociaux et des affaires politiques, s'est mis à la disposition de chacun pour renouer avec la base et tente de diminuer le gap entre deux fiscalités qui feront tanguer les prochains budgets cantonaux. A lui seul il garantit l’idée d’une stabilité politique et d’une intelligentsia helvétique.

    Certains diraient quel gâchis et d'autres qu'il dégage. 

    Dans mon coin je me dis qu’il n’a rien volé, qu’il nous a fait prendre conscience de nos valeurs et son action aura influencé certains gestionnaires de nos institutions au point d’en révéler les faiblesses.

    Sous mon drap je chuchote « chapeau bas Monsieur le Conseiller d'Etat et surtout, Merci ».

     

    Antonio Gambuzza